Le témoignage d’un miraculé du camp de la torture du régime Alpha Condé.

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Il arrive qu’on rumine en silence sa souffrance quand on perd un compagnon d’infortune, notamment à un moment aussi grave que cette affaire du 19 juillet 2011.
La liste de nos morts s’allonge avec le tour du général Nouhou Thiam avec qui, j’avais noué une grande amitié lors de notre captivité.

Ce matin du 19 juillet, lorsque j’ai été conduit au camp, c’est le commandant Aboubacar Sidiki Camara de Gaulle que j’ai vu en premier le visage ensanglanté. Puis, j’ai été conduit dans une salle où j’ai trouvé le colonel Aidor Bah, lui aussi avait été copieusement battu : le sang coulait de sa bouche et de son nez. Les gardes m’ont pris mon chapelet et ma ceinture et ils ont écrit mon nom dans un registre; c’est là où j’ai vu en tête de liste le nom du général Nouhou Thiam. Tous ces trois officiers supérieurs sont morts. Les colonels Issiaga Camara et Sambarou Diamankan aussi sont déjà morts.

Mon arrestation sous les yeux de mes défunts parents a été une expérience terrible pour eux. Mes kidnappeurs avaient commencé par fouiller au peigne fin la maison principale en saccageant tout dans leur chambre. Quand ils me sortaient, ils ont pointé leurs armes sur mes parents pour les tenir en respect.
J’ai eu plus de chance que le jeune marchand Thierno Soufiane Diallo qui est mort dans des douleurs atroces à la maison centrale à cause des séquelles des bastonnades reçues lors de son arrestation. Ces barbares avaient levé leurs fusils pour ne frapper, c’est peut-être leur chef qui est intervenu pour me sauver.
Après mon interrogatoire, j’ai prié le président de la commission (le commandant Dedra tué dans l’accident d’avion au Liberia en compagnie du général Kèlèfa Diallo) de me permettre de rassurer mes parents. Il a refusé.

Voyez-vous il faut avoir vécu ces moments difficiles pour croire aux témoignages des survivants du camp Boiro : rien n’a changé, le même décor, les mêmes hommes maléfiques.
Certains m’ont demandé d’écrire moi aussi mes souvenirs, mais je me suis dis à quoi bon? Les Guinéens ont refusé de tirer les leçons de tous les drames vécus par certains de leurs compatriotes. Ils ont pourtant écrit ces choses horribles. On a beau scandé Plus Jamais Ça, malheureusement, Ça Continue.
Le 12 mai dernier, en plein mois de ramadan, la soldatesque d’Alpha Condé a abattue comme des chiens leurs propres compatriotes et la vie continue tranquillement. Imperturbable, il déroule son programme en toute impunité. Aucune clameur publique ne lui interdit de massacrer selon son bon vouloir les citoyens Guinéens.

Le général Nouhou Thiam avait la passion de son métier. Lui aussi d’ailleurs avait eu la vie sauve au PM grâce à l’intervention inattendue d’un jeune béret rouge qui était révolté par le mauvais traitement que lui infligeaient d’autres bérets revanchards. Il a armé son fusil et menacé d’abattre celui qui va toucher son général. Le calme est revenu difficilement dans leur rang, mais cette intervention de ce courageux jeune soldat qui les a empêché d’amener le général Nouhou Thiam à une destination inconnue.
Le général est resté digne, altier jusqu’au bout. Ils ont poussé la méchanceté jusqu’à l’empêcher de se recueillir sur la dépouille de son père décédé alors qu’il était en prison. Dans les faits, il était en résidence surveillée jusqu’à sa mort.
C’est la seule armée qui a laissé mourir ses chefs dans l’humiliation, du général Noumandian Keita au général Nouhou Thiam.
Mes pensées émues vont à sa brave et courageuse femme.
Paix aux âmes de tous mes compagnons d’infortune .

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